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Documentaire photographique sur les conséquences des conflits armées inter communautaires du centre du Mali sur les communautés peules.

Dans le centre du Mali, un vieux conflit inter communautaire entre les peuls et les dogons, s'est transformée en une guerre armée entre les différentes milices "d'autodéfense" de la région. Depuis bien longtemps, il existe des tensions entre ces deux communautés, d'un côté les peuls, traditionnellement éleveurs nomades et de l'autre côté les dogons, plus précisément les dozos, confrérie de la communauté dogon traditionnellement chasseurs et agriculteurs. Cela a toujours été un conflit de territoire, les peuls revendiquant les zones de transhumances et de pâturages pour leurs troupeaux et les dozos, quant à eux, lorgnent sur les zones de chasse et les terres cultivables.

Ce conflit d'abord a caractère territorial, est aujourd'hui mêlé à un conflit idéologique. Le tournant intervient en 2015 lorsque Amadou Koufa crée la Katiba Macina, un groupe armée djihadiste particulièrement influent dans la région de Mopti et de Ségou. Amadou Koufa est peul et oriente son discours vers sa communauté d'origine, qu’il encourage à le rejoindre.

« J’en appelle aux peuls où qu’ils se trouvent : au Sénégal, au Mali, au Niger, en Côte d'Ivoire, au Burkina Faso, au Nigeria, au Ghana et au Cameroun »,  ce qui a pour conséquence la stigmatisation et la méfiance envers les communautés peule de toute la sous-région. Emmanuel Macron lors du sommet G5 Sahel du 30 juin 2020 annonce que "les peuls ne sont l'ennemi de personne", invite les autorités à mettre tout en oeuvre pour "éviter tout amalgame" et annonce que "des enquêtes seront menées jusqu'au bout".

 

Chacune des milices peules comme dogon disent s'armer pour se défendre et se substitué à l'état, complètement absent de ses territoires. Leur mode opératoire est simple entrée dans un village ennemis, voler bien et bétail, tuer tout ceux qui bougent et brûler tout ce qui brûle. L'esprit de vengeance gagne les esprits et des massacres de civils sont perpétués dans une violence exponentielle. De nombreux témoignages accusent les FAMA (Forces Armées Maliennes) d'exactions graves et d'exécution extra-judiciaire, toutes dirigées contre des individus peules de la région. Aujourd'hui, aucune arrestation n'a été effectuée et aucune enquête n'a été ouverte. Devant cette guerre qui dure depuis plus de deux ans, les populations civiles du centre continuent de vivre dans une prison à ciel ouvert et font face à un choix binaire - prendre les armes ou quitter le foyer.

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Cette guerre, a fait aujourd'hui plus 250 000 déplacés internes. Ce documentaire a été réalisé à Bamako. Il suit plusieurs familles peules déplacées de la région de Mopti et récolte leurs témoignages.

Omar a trente an, il est d’origine peule et vie a Bamako depuis douze ans. Il est originaire de la même région que la plupart des familles. «Ce sont mes parents, mes frères, mes soeurs, j’essaie de faire ce que je peux». Aujourd’hui, il est chef d’une partie du camp. Il organise avec les bénévoles la logistique et règle les petits conflits.

Camp de réfugiés de Faladie,

Bamako, Mali

Le 26 05 2020

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Amadoun Bari a survécu au massacre d’Ogossagou du 23 mars 2019. Quelques jours après il quitte son village avec sa femme et ses trois enfants.

Le plus important massacre jamais enregistré sur le territoire malien perpétré contre la communauté peule, s’est déroulé le 23 mars 2019 dans le village d’Ogossagou, à quelques kilomètres à l’est de Bankass, dans le cercle de Mopti. Ce massacre n’a jamais était revendiqué, mais de nombreux témoignages accusent la milice armée Dan Na Ambassagou (Les chasseurs qui se confient à Dieux en langue dogon) d’être les auteurs de ce massacre.

Amadoum Bari et sa famille, étaient présents ce 23 mars 2019. Amadoun est un jeune peul d’une trentaine d’années, il est arrivé à Bamako avec sa femme et ses trois enfants il y a de ça six mois après avoir perdu son grand père, son oncle et sa petite soeur dans cette attaque. Amadoum me raconte qu’il ont senti la tension montée mais que personne n’a pu éviter le pire .

 

«Le village a été attaqué par les dozos de l’association Dan Na Ambassagou, ce n’est pas la première fois que nous les combattons, lors de leur première attaque, ils n’ont pas pu rentrer dans le village».

«Pendant plus de trois mois, beaucoup de gens se sont fait voler leurs troupeaux, certaines personnes disparaissaient, nous ne sortions plus du village. Si tu sors du village, à deux pas tu es mort».

Le nombre de morts officiels varie selon les sources, Amadoum lui parle de plus de deux cents morts et disparus:

«De 14h à 17h nous avons enterré 170 personnes, dans la nuit nous avons enterré encore 20 personnes. Ensuite, nous avons sorti 5 personnes d’un puits et ramassé une dizaine d’enfants brûlés. Le lendemain sous les maisons effondrées nous avons trouvé 15 personnes. Le troisième jour, nous avons trouvé encore 7 corps. Et nous avons compté une trentaine de disparus».

«Après ce qui s’est passé, nous voulions partir, mais le maire de Bankass nous a demandé de rester, que le Président de la République allait venir, nous sommes resté, le Président est venu avec une quantité de nourriture qui ne peut même pas nourrir une famille pendant un mois, donc nous avons pris la décision de partir».

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Rama est venue mourir à Bamako après avoir fuie son village natal. Rama vivait au camp de Sénou avec son mari Amat, son père Alioun, sa mère Alliah et ses enfants. 

 

En 2019, ils quittent ensemble le centre du pays et leur village pour fuir le conflit. Ils trouvent refuge au camp de déplacé de Sénou-Bamako. Peu de temps après leur arrivée, Amat trouve un travail dans un village appelé Darra a une quinzaine de kilomètres au sud de Bamako.  Rama, alors enceinte de jumelles, décide avec son mari de quitter le camp et leur famille pour s’y installer.

Mercredi 08 juillet 2020 Rama décède 

Alioun. La famille endeuillés, préparent l’enterrement et le rapatriement des deux nouvelles nées.

Oumou est une enfant peule de cinq ans, qui loin de

son village natal lutte déjà pour sa survie.

C’est dans une salle du service pédiatrique de l’Hôpital du Mali que je rencontre pour la première Oumou. Elle est accompagnée de sa mère Kadidja et de son petit frère Raïm. Tous les trois attendent dans une salle vétuste du rez-de-chaussée, Kadidja discute avec cinq autres femmes en langue peule. Toutes sont déplacées de la région de Mopti et se sont réfugiées dans le camp de Faladié non loin de là, à Bamako. Dans la pièce, on compte six enfants hospitalisés, deux souffrent de malnutrition sévère. Oumou est l’un d’entre eux.

Oumou à 5 ans, en mai 2018, elle quitte avec une partie de sa famille, le village de Gossi, dans le cercle de Douentza. C’est dans cette région que depuis deux ans se

concentrent les différents conflits armées entre les milices djihadistes, peules et dogons. Amadou Dicko, père d’Oumou et chef de famille me raconte qu’ils sont partis après avoir subi plusieurs attaques armées d’une milice de chasseur  traditionnel dozos :

La première fois «Ils ont arrêter mon frère, un cousin et leur transporteur qui cherchaient à rejoindre un marché de la région pour vendre leur bétail. Seul le transporteur est revenu, nous n’avons jamais revu ni nos frères ni nos

animaux». Une seconde fois, «Ils ont pris trois troupeaux de chèvres et cinq de moutons, nous avons ensuite suivi leurs traces, elles nous ont amenées jusqu’au village de Niangasagou». Village dozo situé à une trentaine de kilomètres au sud de

Gossi.

Monsieur Dicko continue. «Nous avons prévenu la gendarmerie et l’armée, ils ont identifiés nos troupeaux, mais ne les ont jamais récupérer, ils n’ont jamais retrouvé nos frères non plus». 

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